Voici la traduction
approximative (comme le reste de ce site!) de ce qu'a raconté Adam Duritz
sur les chansons lors de l'enregistrement de l'émission.
J'ai essayé de conserver le rythme et les hésitations du texte
original, ce qui peut expliquer que ça semble décousu parfois.
Angels
of the Silences
"J'écris pas mal de chansons dont le sujet est plus ou moins la foi - avoir la foi, garder la foi. Et cette chanson en particulier concerne la difficulté d'avoir foi dans des choses, de trouver des choses en lesquelles avoir foi, en soi-même, en Dieu, en comme il a dit, une femme. La foi est une chose bizarre, dans le sens que tout est dans l'attente. Ce n'est pas en fait comme obtenir quelque chose, vous savez, la foi concerne l'attente, parce que dès que vous obtenez quelque chose, vous n'avez plus de besoin. Alors, beaucoup de la foi est juste la volonté de plus ou moins se jeter sur une cloture et rester là un moment. C'est une chose très difficile et amère, vous savez. Dans cette chanson, je passe mon temps à dire que le personnage principal, "Je", disait, "All my sins, I would pay for if I could come back to you" (Je paierais pour tout mes péchés pour pouvoir revenir près de toi). Ce n'est pas juste trouver des choses en lesquelles croire, c'est aussi vouloir être capable de croire en tout. Et c'est aussi à propos de toutes ces voix qui entrent dans votre tête et vous murmurent aussi bien de le faire et de ne pas le faire. Et ça s'appelle "Angels of the Silences".

A Long December
"Mi-Décembre 95, mon amie Jennifer s'est fait renverser par une voiture et s'est faite écraser; et j'ai passé tout ce mois, alors que nous venions juste de débuter l'enregistrement, et Janvier et Février à l'hôpital, en gros, tous les matins et débuts d'après-midi et puis j'allais au studio, dans la maison où nous enregistrions, et nous jouions tout l'après-midi et toute la nuit... et euh... c'était une période bizarre parce que, vous savez, il y a beaucoup de stress; c'est pas parce que c'est difficile de faire un second album, ça l'est pour tous les albums. Ils sont pas faciles à faire... vous savez... C'est une procédure très stressante, et plus spécialement quand vous êtes en train de vous lancer... et euh... et comme j'ai dit, je passais pas mal de temps à l'hopital, ce qui est assez étrange... Euh... Mais un jour, j'ai quitté le studio vers 2 heures du matin, et je suis allé à la maison de mes amies Samantha et Tracy qui est "Hillside Manor"; et euh... enfin, c'est comme cela qu'on appelle, c'est juste une petite maison... et euh... je suis resté assis là à leur parler, je les ai réveillées, les ai sorties du lit et les ai fait parler pendant deux heures, et je suis rentré chez moi. Et j'ai écris cette chanson entre 4 heures et 6 heures et euh... suis allé à l'hopital le jour même et suis allé à la maison la jouer aux gars avant le diner et... et je leur ai appris après le diner. Et on l'a joué 6 ou 7 fois.. et... vous vous rappelez quelle prise c'était? La sixième. On a arrété, ça y était. On avait enregistré la chanson, c'était fini. On est tous allé à la cuisine, on a pris une bonne bière, j'ai chopé Brad, notre ingénieur et suis sorti rapidement au bout de 5 minutes, lui ai fait jouer la bande 3 fois, j'ai juste enregistré les harmonies... et euh... on y a plus jamais touché depuis, c'était fait. C'est une chanson complètement live, à part les harmonies. C'est une chanson sur le retour sur sa vie et la vision des choses qui arrivent, et pour une fois pour moi, la possibilité de voir de l'avant et de penser... vous savez... les choses vont s'arranger "Maybe this year will be better than the last" (Peut-être que cette année sera meilleure que la dernière) et euh.. alors, comme beaucoup de chansons à la fin d'un album, ce n'est pas au sujet de tout va aller bien, mais au moins, c'est à propos d'espoir... et des possibilités..."

Round
Here
(Tout le morceau en vidéo ici)
"La première version des Counting Crows, c'était moi et Dave dans des bars jouant live et faisant cette chanson de cette façon. La chanson commence avec un gars qui passe la porte d'entrée de chez lui, il quitte cette femme... et euh... il se sent devenir de moins en moins substantiel plutôt que lui-même... et c'est plus ou moins ce dont parle cette chanson parce qu'il ressent que même alors qu'il disparait de la vie des gens, il disparait de plus en plus de sa propre vie. Et euh, le refrain c'est, il crie plus ou moins ces sortes de clichés, ces leçons que votre mère vous disait que vous étiez petit, ces leçons pour enfant, vous voyez "Round here, we always stand up straight" (Par ici, on se tient toujours droit)... euh... "Carving out our names" (on grave nos noms); ces choses qu'on vous dit quand vous êtes enfant du genre "fait ce qu'on te dit, et quand tu seras grand cela t'apportera quelque chose", tu sais, t'auras un boulot, t'auras une vie et, je pense que pour moi et pour le personnage de la chanson, ça n'apporte pas grand chose. C'est juste des conneries, un peu comme... euh... ta vie vient à toi ou elle ne vient pas à toi, mais, ces choses, ne signifiaient pas vraiment quoi que ce soit. Et puis, vers la fin de la chanson, il est tellement consterné par tout ça qu'il veut crier à tous qu'il reste debout aussi tard qu'il le veut, que personne ne le fait attendre... les choses qui parraissent importantes quand tu es un gosse, tu vois... que tu as pas à aller au lit, t'as pas à faire quoi que ce soit; mais le genre de chose, ben, elles ne font pas beaucoup de différence quand tu es un adulte, c'est rien... et euh... c'est une chanson à propos... à propos de moi. Et ça s'appelle Round Here"

Mr
Jones
(Extrait vidéo ici)
"C'est une
chanson qui a été grandement mal interprétée, c'est
le cas de le dire. Je pense que les gens recherchent trop souvent du symbolisme
dans des chansons qui sont plus simples qu'elles n'en ont l'air. Celle-ci, en
particulier, est plus simple qu'elle ne le parait à beaucoup de gens.
J'ai tout entendu sur cette chanson, comme "c'est à propos d'un
quelconque ancien bluesman qui m'aurait appris à jouer de la musique",
ce qui est complètement ridicule (mais comme dans le phantasme cinématographique
de quelqu'un). J'ai aussi entendu que c'est aussi à propos de ma bite
(NdJLR: un "bip" dans la version vidéo!),
ce qui est encore plus ridicule! Où vont-ils chercher tout ça?
Quand on a fait cette interview pour Rolling Stone, je suis entré au
Musée d'Orsay à Paris avec David Wilde un jour et la première
chose qui se passe, c'est ces deux jeunes qui se précipitent vers nous
et disent "Hé! T'es le gars des Counting Crows, non?" . Et
je dis "Ouais". Et il dit "Est-ce que Mr. Jones parle de ta bite?".
Je l'aurai tué parce que je savais très bien où cette parole
allait se retrouver... dans le premier paragraphe de l'article de Rolling Stone.
En fait, c'est une chanson sur mon ami Marty et moi. On est sortis un soir pour
voir son père jouer, c'était un guitariste flamenco espagnol et
il était de passage à San Francisco pour jouer avec sa troupe
Flamenco. Et après le concert, on est tous allé dans ce bar, le
New Amsterdam à San Francisco, sur Columbus, et on s'est bourrés.
Et Marty et moi, on se tenait au bar, à regarder ces deux filles, à
se demander s'il y avait un moyen d'aller leur parler, mais nous étions,
nous étions trop timides. On se disait, on déconnait ensemble,
que si on était de grosses rock star, au lieu de deux losers, deux musiciens
au rabais, on y arriverait, ça serait plus facile. Et je suis rentré
chez moi ce soir-là et j'ai écrit là-dessus. Et je déconne
sur ce que ça signifie, cette histoire. Mais, c'est en fait une chanson
sur tous les rèves et les choses qui te donnent envie de t'investir pour,
tu sais, faire tout ce qui peut faire battre ton coeur, que ce soit être
une rock star, un médecin, ou quoique ce soit, tu vois. Et, je veux dire,
ces choses vont de "tout ce que j'ai emmagasiné en moi" à
"je veux rencontrer des filles" parce que j'en ai marre de ne pas
pouvoir le faire. Et c'est toutes ces choses, tous ces rèves. Mais c'est
aussi un avertissement parce que ça vous montre l'aveuglement qui peut
vous pousser vers certaines de ces choses et combien elles peuvent être
illusoires, aussi. Comme le personnage dans la chanson qui dit "When
everybody loves me, I will never be lonely" (Quand tout le monde m'aimera,
je ne serai plus jamais seul). Et tu es censé savoir que ce n'est pas
de cette façon que les choses vont être, probablement. Je le savais
déjà à ce moment. Et c'est une chanson au sujet de mes
rèves."

Rain
King
(Extrait vidéo ici)
"J'ai lu ce livre au collège quand j'étais à Berkeley, ça s'appelait "Henderson, the Rain King" (Henderson, le roi de la pluie). Et le personnage principal de ce livre, Eugene Henderson, était ce genre de personne imposante, écorchée vive, qui saigne sur tout ceux qui l'entourent. En bien ou en mal, plein de joie, plein de tristesse, il faisait un fromage de tout. Et quand j'ai écrit la chanson quelques années plus tard, cela n'avait pas vraiment de rapport avec le le livre, à part que le livre était devenu une sorte de totem pour mes sentiments envers la créativité et l'écriture - que c'était simplement l'action de tout prendre en soi puis juste plus ou moins (bruit bizarre) tout diffuser alentours, et ne pas s'en soucier trop. Tu essaies de bricoler tout ça sans en être trop conscient, en tout cas. Et, c'est une sorte de chanson sur tout ce qui tourne autour de l'écriture, tous les sentiments, tout ce qui te pousse à écrire, te pousse peut-être à prendre une guitare et sauter le pas, et t'exprimer simplement parce que ça contient tous les doutes et les craintes que j'avais à propos de ma vie à cette époque. Et aussi le sentiment que je méritais quelque chose d'un peu mieux que ce que j'avais accomplis jusque là. Je pense que c'est une sorte de chanson religieuse sur ce qu'on a en soi ou quelque part là-haut qui nous pousse à écrire, à créer, à faire n'importe quelle forme d'art, tu vois? et me fait devenir le roi de la pluie, en gros."

Catapult
(Extrait vidéo ici)
"Je pense que cela a maintenant était assez bien documenté que pendant la tournée August, vous savez, j'ai un peu pété les plombs, et on a du s'arréter de tourner un petit moment. J'y pensais l'autre jour, il y a..., s'il y a eu une chose qui a vraiment commencé à me faire perdre pied, c'est la mort de Kurt Cobain. Ca a été une période assez fébrile pour nous, nous, le disque, au début d'Avril 94, il était dans le top 5 depuis quelques semaines. Nous, nous venions juste de faire le show "Letterman" et on avait joué Round Here. On était sur la tournée européenne et au milieu de la tournée, on était censés y rencontrer David Wilde et Mark Selliger pour faire une interview et quelques photos pour la couverture de Rolling Stone. Et moi, j'étais pas vraiment sûr de vouloir le faire parce que tout semblait devenir aussi gros que ça, et c'est quelque chose qui me rend nerveux et est-ce vraiment une bonne idée que de nous voir tous en couverture de chaque marchand de journaux des Etats-Unis, tu vois?
Et euh, on a accepté de le faire, vous savez, et comme on approchait de ce jour quand on arriverait à Paris, je devenais de plus en plus tendu et nerveux à ce sujet. On a atterrit à Paris et avant que l'on ait le temps de parler au moindre reporter ou faire la moindre photographie, on apprend qu'il, qu'il s'est tiré une balle. Et j'étais vraiment mort de peur parce que je me suis dit, ces choses dans ma vie deviennent tellement incontrolables et je, je me demande tellement si c'est possible de gérer tout ces changements quand ils arrivent. Et on a appris qu'il était mort et j'ai pensé, bien, tu sais, peut-être que ces choses ne sont pas quelque chose qu'on peut gérer, peut-être que c'est quelque chose de trop difficile pour qu'on s'en occupe. Et nous, on est là, à deux doigts de faire des photos pour la couverture, vous voyez.
Je pense que ça m'a vraiment filé la frousse parce que bien que la célébrité peut semblait être quelque chose où on est toujours entouré de gens tout le temps et c'est vraiment génial et tu es, tu es toujours au milieu d'amis et de plein de gens. Le fait est que ça peut te tourner la tête et il peut arriver un moment où tu ressent que tu es complètement et définitivement tout seul. Je pensais qu'il a dû arriver au point où il s'est retrouvé complètement seul, et je ne voulais vraiment pas en arriver là moi-même. Et environ un an plus tard, alors que j'écrivais cette chanson, ça a commencé comme une chanson à propos, comme la plupart des chansons que j'ai écrit à cette époque, à propos de vouloir tout remettre en place et de façon frustrante vouloir que tout s'arrête soudainement. Et j'ai pensé à lui parce que je pensais que ce n'est pas, c'est une chose horrible d'en arriver là et de se sentir si seul parce qu'on est pas obligé de l'être, et on ne veut vraiment pas l'être. Mais, on s'y trouve à un moment quoiqu'il arrive. Et ça s'appelle Catapult".

Have you seen me lately?
"Il y a eu une période sur la tournée du précédent album ou c'est, c'est devenu un peu trop pour moi et j'ai écrit cette chanson dans l'année qui a suivi. J'ai un peu hésité à la mettre sur l'album parce que je pense que des chansons comme ça peuvent être un peu banales. On dirait que tous les gens qui ont un gros succès sur disque écrivent une chanson sur la difficile période qu'ils traversent. Je pense que c'est un peu dur de tenter de faire sympathiser les gens sur ce thème parfois parce que ça fait un peu "Oh, le pauvre, il est célèbre!". Mais la vérité, c'est que c'est quelque chose de bizarre vous savez. Tout à coup, le monde entier est différent. Les gens vous regardent différement, les gens vous traitent différement. Vous savez, si vous vous réveilliez sur Mars, vous auriez des problèmes avec la gravité, pendant un petit moment. Vous vous habituez, moi, je me suis habitué.
Mais il y a eu une période qui a été très dure. Une des choses qui arrivent, c'est que tu as toutes ces choses énormes qui t'arrivent dans ta vie quand ce genre de choses qui nous arrivent arrivent (NdJLR: je me suis fait chier à la traduire celle-là!). Et tu commences à accumuler de grandes expériences, mais je pense parfois que tu ne gardes pas les petites qui sont vraiment importantes. Comme dans la chanson quand le personnage dit "I remember all the little things that make up a memory, like she said she liked to watch me sleep, like she said, it's the breathing, it's the breathing in and out and in" (Je me rappelle toutes ces petites choses qui font la mémoire, comme elle disait qu'elle aimait me voir dormir, comme elle disait c'est la respiration, c'est la respiration entrante et sortante et entrante). J'ai réalisé que je n'allais probablement pas conserver ces tous petits souvenirs, et que ça peut être une chanson enervée d'une certaine façon, mais c'est aussi une chanson très triste à propos des petites choses dans notre vie dont on perd la trace. Et ça s'appelle "Have you seen me lately?"

Ghost train
"Quand tu tombes amoureux de quelqu'un... Ta vie est comme un train plein de ces fantomes, tu vois, ils sont plus ou moins étendus derrière toi. Et quand tu tombes amoureux de quelqu'un, c'est comme si vous montez tous les deux dans le train avec vos fantomes respectifs. Et plus tu y restes, plus vous vous montrez tous ces fantomes. Et c'est une chose très difficile à faire pour beaucoup de gens, plus spécialement pour moi. Et dans la chanson, le personnage ne le fait pas, vous savez, il descend du train. Et comme c'est dit dans le dernier couplet "I took the cannonball down to the ocean and watched the diesel disappear beneath the tumbling waves, love is a ghost train howling on the radio, remember me, she said, when only memory remains" (j'ai pris le boulet de canon vers l'océan et j'ai regardé la diesel (locomotive) disparaitre entre les vagues bouillonantes, l'amour est un train fantome hurlant à la radio, souviens-toi de moi, disait-elle, quand seule la mémoire restera) signifie pour lui, c'est tout ce qu'il reste et dont il se souvient dans chaque refrain lorsqu'il... Le refrain, c'est lui qui se rappelle leur première rencontre quand elle lui a dit "comment allez-vous?". Et bien qu'il ait quitté le train, le refrain est sa façon de se rappeler pourquoi à un moment, il a pensé qu'il devait monter dedans. Et voila Dan."
